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Le cas du chien testé positif pour le coronavirus : il n’y a pas lieu de paniquer.

Crédits : Jarun011 / iStock

Le 26 février dernier, le chien d’une malade hongkongaise a été testé positif pour le nouveau coronavirus chinois ou SARS-CoV-2 (anciennement appelé 2019-nCov). Qu’est-ce que cela implique ? Les chiens peuvent-ils l’attraper et le transmettre ? Y a-t-il des mesures à prendre pour protéger son animal ? Réponse tout de suite.

Les faits

Le mois dernier, des médecins de Hong Kong ont hospitalisé une patiente infectée par le coronavirus. Elle possédait un chien : un loulou de Poméranie. Ce dernier a alors été mis en quarantaine et examiné par des vétérinaires.

Le 26 février, ils ont effectué des analyses sur des échantillons fécaux, rectaux, oraux, et nasaux (RT-PCR). Les deux derniers se sont révélés « faiblement positifs » pour le nouveau coronavirus chinois SARS-CoV-2. Ces résultats ont été confirmés à 4 reprises par d’autres tests similaires effectués le 28/02, le 02/03, le 05/03 et le 09/03. Un test sanguin (sérologie) s’est également révélé positif. Le chien n’a jamais présenté de symptômes.

Les tests oraux et nasaux du chien sont enfin redevenus négatifs le 12/03 et le 13/03. Il a donc pu rentrer chez lui, mais il est mort 2 jours plus tard. Les scientifiques locaux déclarent qu’à l’avenir, ils testeront et placeront en quarantaine (14j) tous les animaux de compagnie des personnes hospitalisées pour un coronavirus.

Crédits : Freepik

Qu’est-ce que cela signifie ?

Le chien était-il infecté ?

Le cas des 5 test oraux/nasaux positifs : pour les 2 premiers, il aurait pu s’agir d’une simple contamination environnementale (c’est-à-dire que le chien ne serait pas infecté, il aurait simplement léché un objet contaminé faussant ainsi le test). Toutefois, selon les scientifiques du gouvernement hongkongais (l’AFCD), les trois derniers tests éliminent à présent cette option car ils ont été réalisés 5, 8 et 12 jours après que l’animal ait été mis en quarantaine (éloigné de l’environnement contaminé et de toute personne malade). Pour les experts, ces résultats suggèrent donc que le chien était infecté par le nouveau coronavirus chinois SARS-CoV-2 (une infection de bas niveau sans symptômes) et qu’il s’agissait probablement d’une transmission d’homme à chien (sa maîtresse le lui aurait transmis).

Le cas du test sanguin positif : le gouvernement explique que cela confirme qu’il s’agissait bien d’une infection et pas d’une contamination environnementale. En effet, contrairement aux autres tests, l’analyse sanguine ne recherchait pas directement le virus (son ARN), mais des anticorps produits par le système immunitaire du chien afin de le protéger contre le coronavirus. Et le chien n’en aurait pas développé sans avoir été infecté.

Le cas des 2 derniers tests oraux/nasaux négatifs : selon les scientifiques, cela signifie que le chien a fini par guérir, ce pourquoi ils l’ont laissé rentrer chez lui après ces 2 tests. L’infection était visiblement très légère et le chien ne semble pas être un très bon hôte pour ce virus.

Rien n’indique que l’animal était contagieux

La positivité des tests oraux et nasaux indique la présence d’ARN viral, toutefois elle ne dit pas s’il s’agit de fragments d’ARN (qui ne sont pas contagieux), ou s’il s’agit de particules virales intactes (capables d’infecter d’autres individus). Les chercheurs ont également tenté d’isoler le virus en culture et cela a échoué ce qui indique qu’il ne s’agit PAS de particules virales vivantes capables d’infecter d’autres individus. Ce chien ne semblait donc pas contagieux.

Pas de symptômes = pas de problème ?

Le fait que le chien n’ait pas eu de symptômes ne donne pas vraiment d’indications. En effet, dans les zoonoses, parfois les animaux sont des réservoirs (ils ne présentent PAS de symptômes mais ils transmettent l’infection), parfois ce sont des culs-de-sac épidémiologiques (ils peuvent présenter des symptômes mais ils ne transmettent PAS l’infection), parfois ce sont des hôtes accidentels (l’espèce n’est normalement pas touchée, toutefois de très rares cas peuvent arriver), parfois ils ont des symptômes différents de l’homme (ex : plus violents, moins violents voire presque asymptomatiques, touchant d’autres organes)…

Le chien n’est probablement pas mort à cause du coronavirus

Quand le chien est rentré chez lui, il était guéri. De plus, il n’a jamais présenté aucun symptôme et il s’agissait d’une infection très légère. Le coronavirus ne semble donc pas être la cause de son décès. Certains scientifiques ont spéculé qu’il est peut-être mort à cause du stress lors de la quarantaine, couplé à son vieil âge (17 ans), et à d’autres maladies (il aurait également eu des problèmes cardiaques et rénaux). Il est toutefois impossible de connaître la cause exacte car aucune autopsie n’a été réalisée, mais le coronavirus n’est clairement pas un candidat de choix.

C’est le seul et unique cas canin qu’on ait identifié au monde pour l’instant

Cela semble donc extrêmement rare. Les données ne sont pas du tout alarmantes pour l’espèce canine.

coronavirus
Crédits : Freepik

Il n’y a pas lieu de paniquer

Il est peu probable que les chiens puissent tomber malades (avoir des symptômes) ou transmettre le nouveau coronavirus

Selon l’organisation mondiale de la santé animale (l’OIE) et le WSAVA, il y a très peu de preuves que les chiens peuvent être infectés par le nouveau coronavirus. Et il n’y a aucune preuve qu’ils puissent tomber malades (avoir des symptômes) et/ou le transmettre (bien qu’il soit difficile d’avoir des certitudes), ce qui signifie que c’est peu probable, selon les experts.

Une nouvelle étude indique que les chiens seraient peu sensibles au coronavirus (ils pourraient être infectés faiblement sans être contagieux), que les cochons/poulets/canards n’y seraient pas du tout sensibles (aucune infection), et que les chats y seraient très sensibles (ils pourraient être infectés et transmettre le virus à d’autres chats). Mais il faut plus d’études pour en avoir le cœur net.

L’AFSCA estime que le risque qu’un homme infecte un animal de compagnie est faible. L’agence considère aussi que le risque qu’un animal contamine un homme est négligeable comparé au risque de contamination inter-humaine. En effet, à présent, on observe surtout des cas humains et une transmission homme-homme. Les êtres humains semblent bien être le moteur principal de la propagation. Il n’y a donc pas lieu de paniquer à proximité des animaux domestiques. Et pour protéger son chien, il suffit d’appliquer quelques mesures de base (cf. suite).

Chez l’homme, le COVID-19 est bénin dans la majorité des cas (80%)

De plus, le taux de mortalité est faible (2-3%). Sans compter que le taux d’individus gravement touchés est probablement beaucoup plus bas en réalité car de nombreuses personnes peu atteintes ne se font pas tester. Le coronavirus s’apparente plus à la grippe qu’aux virus très violents tels qu’Ebola (50% de mortalité en moyenne, pouvant monter jusqu’à 90%). Le COVID-19 peut effectivement vite devenir grave chez les personnes fragiles (agées, immunodéprimées, ayant d’autres problèmes de santé…), toutefois c’est aussi le cas d’énormément d’autres maladies qui deviennent souvent très dangereuses chez ces patients. Le problème, c’est surtout que le coronavirus est assez contagieux et en touche donc beaucoup.

Il est donc essentiel de respecter les mesures de protection afin de limiter la propagation et protéger ces individus fragiles. Mais il n’y pas lieu de sombrer dans la panique. Tout d’abord, ça n’est pas justifié pour la majorité de la population au vu de la faible dangerosité du virus chez les gens en forme. Toutefois, ils peuvent propager le virus et le transmettre à des gens plus fragiles qui eux auront de graves symptômes. Pensez à vos familles, amis, ou voisins qui sont âgés ou qui ont d’autres maladies. Les personnes paniquées sont aussi problématiques car elles surchargent inutilement le système de santé qui risque de ne plus avoir assez de ressources pour s’occuper des individus fragiles pour qui l’épidémie est vraiment très dangereuse et des gens souffrant d’autres maladies plus sérieuses.

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Y a-t-il des mesures de protection à suivre?

En attendant qu’on en sache plus, l’association Mondiale des Vétérinaires Animaux de Compagnie conseille aux personnes saines, en zone où le COVID-19 sévit, d’éviter le contact avec les animaux de compagnie qu’elles ne connaissent pas et de se laver les mains après en avoir touché. Cependant, les maîtres ne doivent surtout pas désinfecter les pattes de leurs chiens après la promenade, cela peut être dangereux (ils risquent de se lécher et certains produits sont nocifs pour eux). Vous pouvez toutefois leurs nettoyer les coussinets avec un savon doux.

L’organisation mondiale de la santé animale recommande aussi aux gens atteints du COVID-19 de porter un masque à proximité de leur chien, d’éviter de s’en approcher (bisoux, carresses, partager de la nourriture…) et de demander à une personne non contaminée de s’occuper de lui. Aucune autre mesure n’est nécessaire vis-à-vis des chiens et il n’est certainement pas recommandé d’abandonner son animal. Il s’agit uniquement de précautions. Et pour l’instant rien ne prouve qu’ils puissent tomber malades et/ou transmettre le SARS-CoV-2.

De manière générale, pour éviter la transmission inter-humaine (un danger immensément plus important), l’OMS recommande également d’éviter les contacts avec les gens malades, d’éviter les grands rassemblements, de se laver les mains régulièrement, de bien nettoyer/désinfecter son environnement, de bien cuire ses aliments d’origine animale, de ne pas toucher ses yeux, son nez ou sa bouche, de s’isoler si l’on est malade, de couvrir sa bouche avant de tousser et de ne pas s’affoler.

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