Un regard fatigué, une queue qui bat mollement dans la poussière, une silhouette maigre errant sous le soleil des tropiques. C’est cette image qui circule en boucle sur les réseaux sociaux depuis quelques semaines, portée par une pétition qui grimpe en flèche. En pleine période estivale, alors que les abandons explosent chaque année sur le territoire, une décision prise au Sénat vient jeter de l’huile sur le feu. Des milliers de chiens des territoires ultramarins pourraient bientôt voir leur sort scellé par une simple signature préfectorale. Et le monde associatif, lui, ne compte pas laisser passer ça sans broncher.
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Un amendement voté en douce qui pourrait sceller le sort de milliers de chiens errants
L’affaire remonte à l’examen du projet de loi relatif à la protection et à la souveraineté agricoles. Au milieu des débats sur l’élevage et les cultures, un amendement s’est glissé quasiment sans bruit. Son contenu ? Autoriser les préfets de plusieurs territoires d’outre-mer à ordonner des opérations de destruction visant les chiens errants et divagants. Concrètement, cela signifie que des animaux jugés indésirables, souvent nés dans la rue et livrés à eux-mêmes, pourraient être abattus sur simple décision administrative. Pas de tri, pas de refuge, pas de seconde chance. Le texte inquiète d’autant plus qu’il concerne des zones où la surpopulation canine est un problème réel, mais où les solutions structurelles font cruellement défaut depuis des décennies. Réunion, Guadeloupe, Martinique, Guyane, Mayotte : partout, les chiffres explosent, et les moyens locaux peinent à suivre.
L’Association Stéphane Lamart monte au créneau et refuse la logique de l’abattage
Face à cette dérive, l’Association Stéphane Lamart, connue de longue date pour son engagement en faveur des animaux, a réagi avec une fermeté rarement vue. Elle dénonce sans détour un amendement qu’elle qualifie de brutal, contraire à toute logique éthique et sanitaire moderne. Sa pétition, lancée dans la foulée, a rassemblé des dizaines de milliers de signatures en un temps record. Le message est clair : on ne règle pas un problème de population animale à coups de fusil. Beaucoup de signataires témoignent d’un ras-le-bol face à ces réponses expéditives, résumé par une phrase revenue mille fois en commentaire : « J’ai signé la pétition sans hésiter ». L’association rappelle une évidence trop souvent balayée : ces chiens ne sont pas apparus par magie. Ils sont la conséquence directe d’abandons massifs, d’un défaut de stérilisation généralisé, et d’un manque criant d’identification. Les punir de leur existence, c’est prendre le problème à l’envers.
Des solutions humaines existent, encore faut-il vouloir les entendre
Le plus déroutant dans cette affaire, c’est que les alternatives sont connues, éprouvées, et fonctionnelles. Plutôt que de sortir l’artillerie lourde, plusieurs leviers pourraient être actionnés sans grande difficulté :
- Des campagnes massives de stérilisation gratuites ou fortement subventionnées, seul moyen réellement efficace pour réduire durablement les populations errantes.
- Un renforcement de l’identification obligatoire par puce électronique, encore trop peu appliquée dans certains territoires.
- Le soutien financier et logistique aux refuges locaux, souvent débordés et livrés à eux-mêmes.
- Des programmes de sensibilisation dans les écoles et auprès du grand public pour lutter contre les abandons à la racine.
- La création de véritables filières d’adoption responsable, y compris vers la métropole.
Ces approches demandent du temps, un vrai budget, et une volonté politique qui semble parfois faire défaut. Mais elles ont fait leurs preuves ailleurs, dans des contextes tout aussi complexes. À l’inverse, l’abattage ne règle rien : quand un territoire se vide de ses chiens errants, d’autres reprennent leur place quelques mois plus tard, faute d’avoir traité la cause. C’est un serpent qui se mord la queue, avec en prime un coût moral et sanitaire considérable.
Signer, partager, en parler autour de soi : chaque action pèse dans la balance quand il s’agit de faire reculer une mesure aussi expéditive. Les chiens d’outre-mer ne sont pas responsables des failles d’un système qui les a fabriqués. La vraie question, désormais, tient en une ligne : jusqu’où sommes-nous prêts à accepter que la facilité administrative prime sur la vie animale ?
