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La teigne chez le chien : cause, symptômes et traitement

Crédits : Dr_Microbe / iStock.

Les dermatophytoses, ou teigne en cas d’atteinte des poils, sont des maladies pouvant affecter de nombreuses espèces animales, dont le chien. Elles sont très contagieuses et difficiles à soigner. Zoom sur ce problème épineux.

À quoi est due cette maladie ?

Les dermatophytes sont des champignons qui infectent la peau (épidermophytie), les plis cutanés (intertrigo), les poils (teigne) ou les ongles (onychomycoses). On en retrouve partout sur la planète. Ils s’attaquent à l’homme et à beaucoup d’animaux : chiens, chats, lapins, chevaux, ruminants, rongeurs…

Il existe diverses espèces de dermatophytes, chacune ayant ses hôtes favoris. On peut les classer en trois catégories : les zoophiles (préférant les bêtes), les anthropophiles (adaptées à l’homme) et les géophiles (qui se développent dans le sol).

Chez le chien, les infections sont principalement dues aux espèces Microsporum canis (dans près de 80% des cas) et Trichophyton mentagrophytes. Cependant, il arrive aussi que d’autres variétés soient en cause plus rarement (ex : M. gypseum et M. persicolor).

teigne chez le chien
Crédits : Freepik / Pikisuperstar, Brgfx.

Comment un chien attrape-t-il la teigne ?

C’est une maladie très contagieuse. La transmission peut se faire par contact direct avec des animaux atteints (symptomatiques ou pas) et via l’environnement. Lors de leur reproduction, ces champignons produisent des spores, des sortes de cellules très résistantes qui sont disséminées dans le milieu extérieur. Quand elles se déposent sur une autre bête, elles germinent et forment des filaments qui envahiront alors ses follicules pileux.

Les facteurs prédisposant à la teigne du chien

Un animal a plus de chances d’être contaminé si sa peau est déjà fragilisée (macération, inflammation, traumas…) ou si son système immunitaire est compromis (maladie, prise de médicaments corticoïdes…). D’autre part, la teigne est plus fréquente chez le Yorkshire, le Jack Russel, les jeunes et dans les collectivités comme les chenils.

Pour certaines espèces de champignons (T. mentagrophytes et M. persicolor), le contact avec des rongeurs est la principale source de contamination, ce pourquoi quelques catégories de chiens sont à risque (chasseurs, vie à l’extérieur…). Par ailleurs, d’autres espèces se retrouvent surtout dans les sols (ex : M. gypseum) et touchent donc préférentiellement les chiens fouisseurs.

Quels sont les symptômes ?

De nombreux animaux atteints restent asymptomatiques. Toutefois, certains développent différents signes. Il y a plusieurs présentations cliniques possibles.

La forme classique

La teigne sèche tondante est la forme la plus fréquente (elle est souvent due à M. canis). La maladie engendre des pertes de poils de quelques centimètres, principalement au niveau de la face, du tronc et des membres. Elles sont bien délimitées, circulaires et s’agrandissent progressivement, parfois jusqu’à se rejoindre les unes les autres en prenant un aspect polycyclique.

Le pelage est cassé au ras de la peau. À partir d’un moment, on commence à observer une repousse de manière centrifuge (du centre de la lésion vers l’extérieur). Il peut aussi y avoir des squames (des sortes de pellicules), des croûtes, des rougeurs… Mais la plupart du temps, il n’y a ni démangeaisons, ni atteinte de l’état général.

Les formes plus rares

La teigne suppurée est autre une variante (souvent due à T. mentagrophytes) qui engendre une inflammation violente. Le chien présente alors des « kérions » : des nodules en relief, de forme circulaire, qui sont très douloureux. On retrouve aussi du pus qui s’écoule des follicules pileux, des pertes de poils (cassés ou véritablement épilés à cause de l’inflammation), des démangeaisons… Les lésions concernent surtout la région faciale.

Par ailleurs, une espèce de champignon (M. persicolor) peut provoquer une atteinte de la peau particulière (épidermophytie). Les chiens développent alors des lésions cutanées au niveau de la face (papules, pustules, rougeurs, croûtes…) avec des pertes de poils et des démangeaisons.

Comment se passe le diagnostic ?

L’historique (symptômes, contexte…) et l’examen clinique de l’animal donneront les premières indications. Le vétérinaire pourra ensuite recommander d’autres tests :

  • La lumière de Wood. On place le chien dans un lieu sombre, puis on allume une lampe spéciale. Les poils atteints par certaines espèces de champignons (M. canis) deviendront alors fluorescents.

  • Observation de poils au microscope (voire de squames ou de croûtes) pour y rechercher des filaments de dermatophytes ou des spores.

  • Culture. Un échantillon (carré de moquette frotté contre le pelage, poils, squames ou croûtes) est envoyé au laboratoire qui l’ensemencera dans une boîte de Petri pour voir si des colonies de champignons s’y développent ensuite.

D’autres examens peuvent également être utilisés : biopsie cutanée (pour le diagnostic des formes atypiques), PCR…

teigne chez le chien
Lampe de Wood. Crédits : GaiBru_Photo / iStock.

 

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Culture. Crédits : CDC/ Dr. Lucille K. Georg.

Le traitement de la teigne chez le chien

Le traitement médical

Il se compose de médicaments antifongiques, c’est-à-dire s’attaquant aux champignons. On combine souvent un traitement local (tonte puis application du produit sur toute la peau) et général (comprimés ou poudre à avaler). Il faudra le poursuivre pendant assez longtemps, parfois plusieurs mois, jusqu’à l’obtention de cultures négatives. Par ailleurs, on pourra rajouter des antibiotiques en cas de surinfection bactérienne secondaire.

De plus, il est essentiel de traiter tous les autres congénères atteints. Quant aux animaux exposés, mais sains (culture négative), on recommande de les isoler ou de les traiter localement si ce n’est pas possible.

Le traitement de l’environnement

Le milieu doit être décontaminé régulièrement. Les spores peuvent y survivre pendant très longtemps (parfois plus de 18 mois). Il faut se méfier des colliers, des brosses, du sol, des moquettes, des couvertures, du canapé, des tapis de voiture… Pour commencer, on éliminera les poils et les squames à l’aspirateur (attention à bien vous débarrasser des sacs, on conseille même de les brûler).

Ensuite, il faut désinfecter l’environnement. Malheureusement, beaucoup de produits ne sont pas efficaces sur les dermatophytes. L’eau de Javel diluée à 10% et le formol agissent rapidement et bien, cependant ils ne sont pas adaptés à tous les objets, matériaux ou surfaces. C’est pourquoi on peut également recommander l’utilisation d’une solution d’énilconazole pour les petites choses fragiles ou proches de l’animal.

Les dermatophytes peuvent aussi affecter l’homme

En général, l’être humain les attrape au contact direct d’autres humains (champignons anthropophiles que nous n’avons pas décrits dans cet article), de bêtes (champignons zoophiles) ou de sols infectés (champignons géophiles). Il peut aussi tomber malade par contact indirect via un environnement contaminé par des spores de ces divers dermatophytes.

La grosse majorité des teignes animales sont transmissibles à l’homme. C’est ce qu’on appelle une zoonose. Il arrive aussi que l’affection passe entre deux bêtes d’espèces différentes (d’un chat à un chien par exemple). Chez les humains, une infection à M. canis ou à T. mentagrophytes peut prendre trois formes : l’épidermophytie circinée (la présentation classique affectant la peau glabre : petites taches rouges arrondies avec des squames et des vésicules en bordure), la teigne tondante du cuir chevelu (pertes de cheveux circulaires, surtout chez l’enfant) ou la teigne suppurée (sycosis et kérions de Celse : zones dépilées avec des lésions purulentes au niveau de la barbe ou des cheveux).

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Épidermophytie circinée. Crédits : CDC/ Dr. Lucille K. Georg.